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EPI, ESI : les deux sigles que la loi n'a jamais écrits

Équipier de première ou de seconde intervention, « un pour dix » : ces notions structurent la sécurité incendie en entreprise sans figurer dans le moindre texte réglementaire. Elles viennent d'un référentiel d'assureurs, et son éditeur le dit lui-même.

Couverture typographique : EPI / ESI, équipiers de première et de seconde intervention

Levons tout de suite l'ambiguïté : ici, EPI signifie « équipier de première intervention », la personne qui décroche l'extincteur. Rien à voir avec l'équipement de protection individuelle, qui partage le même sigle.

Levons la seconde dans la foulée, parce qu'elle commande tout le reste : ces deux sigles (EPI et ESI) ne figurent dans aucun texte réglementaire français. Ils viennent d'un référentiel d'assureurs, et l'organisme qui l'édite l'écrit noir sur blanc. Ce qui suit décrit donc un vocabulaire utile et largement partagé, pas une obligation légale. Les deux se distinguent mal en pratique, et cette confusion coûte cher dans les deux sens : elle fait sur-former les uns et passer à côté d'une vraie obligation aux autres.

Qui fait quoi

L'équipier de première intervention (EPI) est le premier maillon. Il donne l'alarme, prévient le poste de surveillance, et attaque le départ de feu avec les moyens présents sur place : extincteur, robinet d'incendie armé. Il agit dans son propre secteur, seul ou à deux, dans les secondes qui suivent.

L'équipier de seconde intervention (ESI) prend le relais quand le feu a dépassé ce stade. Il intervient en équipe constituée, avec des moyens mutualisés, et couvre l'ensemble des actions de sauvetage, d'extinction et de protection. Le référentiel fixe son effectif de base à cinq : deux binômes d'intervenants et un contrôleur.

En un mot : le premier éteint ce qui commence, le second combat ce qui a pris.

Ces définitions viennent d'un référentiel d'assureurs

Le texte qui les porte s'appelle APSAD R6. Vous avez peut-être un plan de sécurité incendie qui distingue soigneusement vos EPI de vos ESI, avec effectifs calculés et recyclages annuels. Rien de tout cela ne repose sur le Code du travail, et c'est le CNPP, l'organisme qui édite R6, qui le dit :

« Les notions d'équipiers de première intervention (EPI) et d'équipiers de seconde intervention (ESI) ne sont pas prévues par la réglementation mais par la pratique de la sécurité incendie, et notamment le référentiel APSAD R6. Sans valeur réglementaire, ce référentiel peut être imposé dans le cadre de l'assurance. »

Quand l'auteur d'une règle précise lui-même qu'elle n'a pas force de loi, il vaut la peine de regarder ce qui s'applique vraiment.

Ce que le Code du travail impose, sans nommer personne

Nous avons déjà détaillé le socle des obligations incendie dans un article dédié. Reprenons-en les trois articles utiles ici, parce que c'est sur eux que tout repose.

R. 4227-28 pose l'objectif, et rien d'autre :

« L'employeur prend les mesures nécessaires pour que tout commencement d'incendie puisse être rapidement et efficacement combattu dans l'intérêt du sauvetage des travailleurs. »

R. 4227-38 impose de désigner nommément des personnes dans la consigne de sécurité incendie : celles « chargées de mettre ce matériel en action » et celles « chargées de diriger l'évacuation ».

R. 4227-39 impose des exercices et essais « au moins tous les six mois », consignés sur un registre tenu à disposition de l'inspection du travail.

Cherchez-y « équipier », « première intervention » ou un pourcentage d'effectif : les mots n'y sont pas. Le Code impose un résultat, une désignation et un entraînement, et vous laisse libre du vocabulaire comme de l'organisation. EPI et ESI sont un habillage : utile et largement partagé, mais un habillage.

Vos EPI : combien, et sur quelle base

C'est là qu'intervient le fameux « un pour dix », soit 10 % de l'effectif formé en équipiers de première intervention, souvent présenté comme découlant du Code du travail.

Le chiffre existe, mais il vient de l'annexe 6 du référentiel APSAD R6, qui retient « au moins un employé sur dix par secteur ». Et il ne vient jamais seul : le même référentiel l'assortit d'un second critère, autrement plus utile. Il faut pouvoir réunir au moins deux personnes en moins d'une minute en tout point d'un secteur.

C'est ce second critère qui compte, parce qu'un départ de feu se joue sur le délai d'arrivée. Dix pour cent d'un effectif regroupés au même étage ne valent rien pour l'entrepôt d'à côté, quand une usine bien maillée atteint l'objectif avec un ratio différent.

Et il se lit à tout instant, pas en moyenne. Deux personnes mobilisables en moins d'une minute, ça vaut aussi le mardi d'août où la moitié de l'équipe est en congé, et à 3 h du matin en poste de nuit. C'est d'ailleurs ce qu'exige R. 4227-28, qui ne connaît pas de moyenne annuelle : tout commencement d'incendie doit pouvoir être combattu. Un effectif calé au plus juste tombe sous le seuil plusieurs semaines par an. Le texte ne le dit pas en ces termes, mais son exigence de résultat ne souffre aucune interruption.

Ce que vous devez vraiment à vos EPI, côté loi, tient donc en deux lignes : les désigner nommément dans la consigne (R. 4227-38) et les entraîner (R. 4227-39). Le calibrage, lui, relève de votre assureur.

Vos ESI : c'est votre contrat d'assurance qui décide

Pour les équipiers de seconde intervention, la question ne se pose pas en nombre mais en existence : faut-il en constituer une équipe, oui ou non ?

Le Code du travail, lui, ne l'exige jamais. Une équipe de seconde intervention coûte cher (formation qualifiante, matériel, disponibilité) et aucun texte ne vous l'impose, quelle que soit votre taille.

C'est votre police d'assurance qui tranche. Le référentiel APSAD est un outil assurantiel : ce sont les conditions particulières de votre contrat qui peuvent en exiger la mise en œuvre, et le CNPP l'écrit lui-même : le référentiel « peut être imposé dans le cadre de l'assurance ».

Si votre assureur l'exige, R6 fixe le format : cinq équipiers au minimum, deux binômes d'intervenants et un contrôleur. La question se pose donc à votre courtier avant de se poser à votre organisme de formation.

Trois logiques indépendantes, pas un escalier

C'est l'erreur la plus coûteuse que je rencontre, parce qu'elle conduit soit à sur-former, soit à passer à côté d'une vraie obligation.

Certains sites présentent une progression automatique : on formerait des EPI, puis des ESI à partir d'une certaine taille, puis on basculerait en SSIAP au-delà. Cet escalier n'existe pas. Trois sources indépendantes se superposent, et elles ne visent pas la même chose :

Ce qui s'imposeSourceÀ qui
Pouvoir attaquer un départ de feu, désigner qui s'en charge et l'entraîner : la première intervention, sans le nomR. 4227-28, -38, -39Toute entreprise, sans seuil
Le dimensionnement des équipiers de première intervention : ratio, délai d'interventionAPSAD R6 (CNPP)Si votre assureur l'exige
Une équipe de seconde intervention constituéeAPSAD R6 (CNPP)Si votre assureur l'exige
Un service de sécurité incendie (SSIAP)Règlement de sécurité ERP, règlement IGHSelon le type et la catégorie de l'établissement

Lisez bien la première ligne : la fonction d'EPI, elle, n'est pas facultative. Ce que R6 ajoute, c'est le calibrage, pas l'obligation.

Aucun seuil d'effectif ne fait « basculer » d'une colonne à l'autre. Une PME industrielle de trente personnes peut devoir constituer des ESI parce que son assureur l'impose, sans jamais relever du SSIAP. Un ERP peut relever du SSIAP sans avoir un seul « ESI » au sens de R6.

Pourquoi suivre R6 quand même

Ce tableau pourrait donner envie de conclure qu'un référentiel sans valeur réglementaire s'ignore. Ce serait une erreur, pour deux raisons qui n'ont rien à voir avec votre assureur.

Il donne un contenu à une obligation vague. R. 4227-28 exige un résultat sans dire comment l'atteindre. R6 propose une méthode éprouvée, et s'être appuyé sur un référentiel reconnu pèse plus, devant un inspecteur ou un juge, que d'avoir improvisé.

Il structure la formation. La distinction première / seconde intervention reste le moyen le plus simple de décider qui apprend quoi.

La périodicité des recyclages

Autre idée reçue tenace : le « recyclage EPI obligatoire tous les ans ».

La seule fréquence gravée dans le Code est celle des exercices et essais tous les six mois (R. 4227-39), et il s'agit d'exercices d'établissement, pas d'une formation individuelle. Pour la formation elle-même, l'INRS recommande un intervalle « adapté au risque », qu'il situe entre six mois et trois ans. Le recyclage annuel des organismes est une bonne pratique alignée sur les attentes des assureurs, pas une obligation légale.

Ce qui ne veut pas dire qu'il faut l'espacer : une manipulation d'extincteur qu'on n'a pas refaite depuis quatre ans ne s'exécute pas sous stress. Mais savoir ce qui relève de la loi et ce qui relève du bon sens change la discussion budgétaire.

Cinq points avant de décider

  1. Vérifiez d'abord votre contrat d'assurance. C'est lui, et non le Code du travail, qui fixe le nombre de vos EPI et décide si vous devez constituer une équipe de seconde intervention. La question se pose à votre courtier avant de se poser à votre organisme de formation.
  2. Désignez nommément vos intervenants dans la consigne. Ça, c'est une vraie obligation (R. 4227-38), et c'est le premier document qu'on vous demandera.
  3. Raisonnez en délai plutôt qu'en pourcentage, et à tout instant. Deux personnes mobilisables en moins d'une minute en tout point du site, congés, week-ends et postes de nuit compris. C'est le critère opérationnel, et il vaut mieux que n'importe quel ratio.
  4. Tenez votre registre d'exercices. Tous les six mois, daté, avec les observations. Pas d'exercice consigné, pas de preuve.
  5. Ne confondez pas ERP et Code du travail. Si vous recevez du public, une seconde réglementation se superpose, avec sa logique propre.

Altersecours est organisme de formation certifié Qualiopi : nous formons vos équipiers de première intervention et assurons la manipulation des extincteurs sur feu réel comme les exercices d'évacuation, en intra comme en inter, partout en France, finançables par votre OPCO.

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FAQ

Les équipiers de première et de seconde intervention sont-ils obligatoires ? Pas au sens réglementaire : ni « EPI » ni « ESI » n'apparaissent dans le Code du travail. Ces notions proviennent du référentiel APSAD R6, édité par le CNPP, qui précise lui-même être sans valeur réglementaire mais pouvoir être imposé dans le cadre de l'assurance. En revanche, l'obligation de pouvoir combattre tout début d'incendie (R. 4227-28) et de désigner les personnes chargées des moyens de secours (R. 4227-38) s'impose à toute entreprise.

D'où vient la règle des 10 % du personnel formé ? De l'annexe 6 du référentiel APSAD R6, qui retient « au moins un employé sur dix par secteur », assortie d'un second critère souvent oublié : pouvoir réunir au moins deux personnes en moins d'une minute en tout point d'un secteur. Ce ratio ne figure dans aucun texte réglementaire.

Quelle différence entre un EPI et un ESI ? L'équipier de première intervention agit immédiatement sur un départ de feu avec les moyens de proximité (extincteur, robinet d'incendie armé). L'équipier de seconde intervention intervient en équipe constituée avec des moyens mutualisés, sur un feu plus développé. Le référentiel APSAD R6 prévoit pour les ESI une équipe de base de cinq personnes : deux binômes d'intervenants et un contrôleur.

Le recyclage des équipiers est-il obligatoire tous les ans ? Non. Aucun texte ne fixe de périodicité pour la formation des équipiers. La seule fréquence légale est celle des exercices et essais, au moins tous les six mois (R. 4227-39). L'INRS recommande un intervalle de formation adapté au risque, de six mois à trois ans.

Faut-il des agents SSIAP plutôt que des EPI/ESI ? Ce sont des logiques distinctes, pas des étapes successives. Le SSIAP relève de réglementations spécifiques aux établissements recevant du public et aux immeubles de grande hauteur, selon leur type et leur catégorie. Une entreprise peut relever du socle Code du travail et des exigences de son assureur sans être concernée par le SSIAP, et inversement.

Qui doit figurer dans la consigne de sécurité incendie ? Les personnes chargées de mettre en action le matériel d'extinction et de secours, celles chargées de diriger l'évacuation, et celles chargées d'aviser les sapeurs-pompiers, toutes nommément désignées (article R. 4227-38).

Sources officielles

Stagiaire équipée d'un casque de réalité augmentée manipulant un extincteur d'entraînement FireAR dans un bureau envahi de fumée virtuelle
Formations

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Le Code du travail impose un exercice incendie tous les six mois — dans les faits, presque personne ne s'entraîne vraiment. FIRE AR fait naître le feu, virtuel, dans vos propres locaux, extincteur réel en main. On vous explique pourquoi on l'a adopté, et ce qu'il ne remplace pas.